Le renforcement de capacités est la ligne budgétaire la plus consensuelle du secteur du développement. Personne ne s’y oppose, tout le monde en finance, et le résultat se mesure par un chiffre commode : le nombre de personnes formées. Ce chiffre compte des présences. Il ne dit rien de ce qui a été appris,

encore moins de ce qui est encore su six mois plus tard, et rien du tout de ce qui a changé dans la manière de travailler. Le secteur éducatif africain offre pourtant la démonstration, à l’échelle d’un continent, de ce que produit la présence sans apprentissage. DAA Media ouvre cette rubrique sur cette leçon-là.


L’atelier de formation a des vertus qu’il serait absurde de nier. Il réunit des gens qui ne se rencontreraient pas, crée des liens professionnels qui survivent à la session, expose à des pratiques venues d’ailleurs. Sur des contenus techniques précis et immédiatement applicables — remplir un formulaire fiscal, utiliser un logiciel comptable, appliquer un protocole —, une session courte transmet effectivement une compétence.

Il y a aussi une raison structurelle à sa domination : c’est le format que les financements acceptent de couvrir. Un accompagnement de dix-huit mois auprès de six organisations coûte plus cher, se raconte moins bien et ne produit pas de photographie de groupe. Reprocher aux organisations de faire des ateliers revient souvent à leur reprocher d’accepter ce qui est finançable.


L’Afrique subsaharienne a massivement scolarisé. Les taux d’inscription ont progressé de manière spectaculaire en une génération, et c’est une réussite considérable. Pourtant, 86 % des enfants de la région se trouvaient déjà en situation de pauvreté des apprentissages en 2019 — incapables de lire et de comprendre un texte simple à l’âge de dix ans. Le chiffre atteint aujourd’hui 89 %. Près de neuf enfants sur dix.

Ce n’est pas une faiblesse des participants. C’est ce que produit n’importe quel dispositif d’apprentissage sans mise en pratique accompagnée, dans n’importe quel pays et à n’importe quel niveau de qualification.

Dernier effet, rarement anticipé : dans une organisation où la rotation est forte — et elle l’est, notamment lorsque les fonctions reposent sur du bénévolat ou des contrats courts —, la compétence acquise quitte la structure avec celui qui l’a acquise. L’organisation reste au même point et redemande une formation l’année suivante.

C’est pourquoi le renforcement de capacités individuel ne produit du renforcement institutionnel que s’il s’accompagne d’un dispositif de mémoire : procédures écrites, documentation des expériences, transmission organisée. Sans quoi l’on finance six fois le même apprentissage.


Trois critères permettent de juger un dispositif de formation avant d’y engager du temps ou de l’argent. La durée et la séquence. Une action qui alterne apprentissage et mise en pratique sur plusieurs mois vaut mieux qu’une session dense, même excellente. L’accompagnement. Quelqu’un revient-il voir ce que le participant fait de ce qu’il a appris ? L’évaluation des acquis. Mesure-t-on ce qui est su, ou la satisfaction des participants ? La fiche d’évaluation de fin de session mesure l’agrément de l’expérience, ce qui n’a aucun rapport avec l’apprentissage.

Trois frontières méritent d’être tenues à l’intérieur de ce thème vaste. Le sujet est-il le parcours d’apprentissage ou la relation d’emploi ? Apprentissage : formation professionnelle. Emploi : travail et emploi. Le sujet est-il la compétence des personnes ou la structure de l’organisation ? Personnes : renforcement de capacités. Structure : structuration et vie associative. Le sujet est-il la mémoire d’une organisation ou les savoirs d’une société ? La première relève de la transmission organisationnelle ; les seconds relèvent des savoirs endogènes.

Ce thème couvre six sous-niveaux — de l’alphabétisation des adultes à l’ingénierie pédagogique et à l’apprentissage en ligne. Un article ne peut pas les porter tous, et celui-ci ne le prétend pas : chacun appelle son propre texte.

L’indicateur de pauvreté des apprentissages, sur lequel repose une partie de la démonstration, fait lui-même l’objet de critiques méthodologiques sérieuses. Il agrège des évaluations hétérogènes, dépend fortement des hypothèses retenues pour les pays sans données récentes, et sa comparabilité internationale est contestée. Nous l’utilisons pour ce qu’il indique — un ordre de grandeur et une tendance — et non comme une mesure exacte. Il serait incohérent de dénoncer les mauvais indicateurs et d’en adopter un sans réserve.

Il faut aussi concéder que la formation courte n’est pas toujours inefficace. Sur des gestes techniques circonscrits, avec un support de référence disponible ensuite, elle produit des résultats mesurables et durables. La critique porte sur l’usage extensif du format — appliqué à des apprentissages complexes qu’il ne peut pas porter — et non sur le format lui-même.

Enfin, les données manquent presque entièrement sur l’efficacité des dispositifs de renforcement de capacités des organisations africaines. Ce champ absorbe des financements considérables et ne s’évalue pratiquement pas.

Lien 10 : Fiche / Article sur le Thème 10 (Travail, emploi & relations professionnelles)

Lien 12 : Fiche / Article sur le Thème 12 (Structuration, gouvernance & vie associative)

Lien 25 : Fiche / Article sur le Thème 25 (Savoirs endogènes & patrimoines immatériels)


Ce que DAA Media veut rendre visible. Ce que les dispositifs d’apprentissage produisent réellement, six mois et deux ans après. Nous suivons des parcours de formation dans la durée plutôt que de couvrir des sessions.

Les angles réguliers. Décryptages des politiques éducatives et des dispositifs de formation ; portraits d’apprenants, de formateurs et d’organisations en apprentissage ; enquêtes sur les programmes de renforcement de capacités et leur évaluation ; données clés sur l’éducation et la qualification ; entretiens ; ressources pédagogiques et opportunités.

Ce que vous y trouverez. De quoi choisir un dispositif de formation utile, construire un parcours qui laisse une trace dans votre organisation, et évaluer autrement qu’à la fiche de satisfaction.

Participez. Vous avez conçu un dispositif d’apprentissage dont vous mesurez les effets ? C’est rare, et cela nous intéresse. Proposez un sujet ou abonnez-vous à la rubrique.

SOURCES

Banque mondiale, The State of Global Learning Poverty: 2022 Update — https://thedocs.worldbank.org/en/doc/e52f55322528903b27f1b7e61238e416-0200022022/original/Learning-poverty-report-2022-06-21-final-V7-0-conferenceEdition.pdf

Banque mondiale, 70% of 10-year-olds now in learning poverty, unable to read and understand a simple text (2022) — https://www.worldbank.org/en/news/press-release/2022/06/23/70-of-10-year-olds-now-in-learning-poverty-unable-to-read-and-understand-a-simple-text

UNICEF, 70 per cent of 10-year-olds in « learning poverty » (2022) — https://www.unicef.org/press-releases/70-cent-10-year-olds-learning-povertyunable-read-and-understand-simple-text

Cooking the Numbers about « Learning Poverty » — critique méthodologique de l’indicateur — https://karmacolonialism.org/cooking-the numbers-about-learning-poverty/

[Texte. Un ou deux passages en gras par paragraphe au maximum.]

[Source ou étiquette — ex. : Étude DAA · IRED, septembre 2025]

[Titre de l’encadré]

  1. [Nom du point.] [Explication en une phrase.]
  2. [Nom du point.] [Explication en une phrase.]
  3. [Nom du point.] [Explication en une phrase.]

[Intertitre 2]

[Texte.]

[Étiquette gauche]

[Terme A]

[Deux ou trois phrases.]

[Étiquette droite]

[Terme B]

[Deux ou trois phrases.]

[Intertitre 3]

[Élément 1]

[Une phrase.]

[Élément 3]

[Une phrase.]

[Élément 2]

[Une phrase.]

[Élément 4]

[Une phrase.]

[La meilleure phrase de l’article, reprise telle quelle. Une seule par article.][Auteur]

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