Le plaidoyer occupe une place considérable dans les budgets associatifs africains, et il produit une quantité impressionnante d’ateliers. On réunit des acteurs, on élabore une déclaration, on la remet à un représentant du ministère, on photographie la remise. Puis le projet s’achève. Six mois plus tard, le texte de loi que la déclaration visait est adopté sans modification — souvent parce que personne n’a suivi son parcours en commission. L’atelier n’est pas inutile : il construit une position commune. Mais il se situe au début du travail, pas à sa place de résultat. DAA Media ouvre cette rubrique sur ce déplacement — du moment de la parole vers le moment de la décision.

● ARGUMENT CONTESTÉ (POSITION RAPPORTÉE PAR DAA MEDIA)

Ce qu’on dit


La défense de l’atelier n’est pas sans fondement. Une position collective ne s’improvise pas : il faut réunir des organisations aux intérêts divergents, arbitrer entre elles, produire un texte que chacune assume. Ce travail prend du temps et exige des rencontres physiques.

L’atelier remplit d’autres fonctions légitimes. Il rend visible une coalition à ses propres membres, qui découvrent leur nombre. Il fournit une occasion protocolaire de contact avec l’administration, dans des contextes où l’accès

aux décideurs n’est pas garanti. Et il constitue, il faut le dire, l’un des rares formats que les financements de plaidoyer acceptent de couvrir — ce qui explique en partie sa prolifération.


Une loi suit un calendrier parlementaire : dépôt, examen en commission, rapport, séance, navette, promulgation. Les décrets d’application suivent un calendrier administratif. Ces séquences ont des dates, et le moment où une modification reste possible est étroit — le plus souvent en commission, avant que le texte n’arrive en séance.

L’atelier, lui, suit le calendrier du projet qui le finance. Les deux calendriers ne coïncident presque jamais. Une action de plaidoyer programmée au trimestre trois d’une convention arrive après le vote du texte qu’elle visait. Le travail est bien fait, il est simplement hors délai — et l’organisation en tire la conclusion que le plaidoyer ne marche pas.

Un décideur modifie une position lorsqu’il a quelque chose à gagner ou à perdre : une opinion publique mobilisée, une coalition d’intérêts qui bascule, un allié à l’intérieur de l’administration, une échéance électorale, une exposition médiatique, une contrainte internationale. Une déclaration remise en séance plénière ne produit aucun de ces effets par elle-même.

Le plaidoyer efficace ressemble donc peu à ce que l’on finance sous ce nom. Il consiste à identifier qui décide réellement — souvent un directeur d’administration centrale plutôt qu’un ministre —, à connaître le calendrier, à fournir un argumentaire technique dont cette personne a besoin, à construire des alliances y compris inattendues, et à disposer d’un relais médiatique au moment utile.

« Un document qu’un fonctionnaire peut reprendre est plus efficace qu’un texte qui le met en accusation. »

Le terrain se rétrécit pendant qu’on l’occupe symboliquement

+ 80 %

Des habitants d’Afrique subsaharienne vivent dans un pays à l’espace civique réprimé ou fermé.

Le contexte impose de la lucidité. Plus de 80 % des habitants de l’Afrique subsaharienne vivent en espace civique réprimé. En 2025, la situation s’est dégradée dans 15 pays contre 3 améliorations — Gabon, Mauritanie, Sénégal. Le

Burundi et le Soudan sont passés à la catégorie la plus basse, Madagascar au classement réprimé. L’adoption ou la proposition de lois restreignant les libertés civiques a été documentée dans au moins 66 pays, et les journalistes sont détenus en Afrique plus que partout ailleurs dans le monde.

15 vs 3

15 dégradations de l’espace civique en Afrique subsaharienne contre seulement 3 améliorations.

Ce sont, très concrètement, les textes qui définissent les conditions d’existence des organisations — enregistrement, financement extérieur, obligation de rapport, dissolution administrative. Ils se votent pendant que le secteur organise des ateliers sur d’autres sujets.


Le plaidoyer devient un travail de suivi plutôt qu’un travail d’événement.

La veille législative en est le socle : savoir quels textes sont déposés, à quel stade, quelle commission les examine et quand. C’est peu coûteux, largement faisable à partir de sources publiques, et presque personne ne le fait de manière continue.

La note de position remplace la déclaration. Deux pages, un problème, trois demandes formulées en termes de rédaction d’article, et les arguments techniques qui permettent au décideur de les défendre en interne. Un texte technique est plus efficace qu’une mise en accusation.

Les alliances se construisent hors du cercle habituel : organisations patronales, syndicats, ordres professionnels, collectivités locales, parfois administrations concurrentes. Une coalition composée uniquement d’organisations de la société civile est facile à écarter.

Le relais médiatique se prépare avant, pas après — ce qui relie directement cette rubrique aux questions de communication et de récit.

Une frontière avec le thème voisin doit être tenue : la citoyenneté en exercice — participation, contrôle citoyen, budgets participatifs — relève de la démocratie et de la participation. L’action organisée en direction des pouvoirs publics relève de cette rubrique. Un budget participatif communal relève de l’autre ; une campagne contre un projet de loi sur les associations relève d’ici.


L’attribution est le problème méthodologique central du plaidoyer, et il n’est pas résolu. Quand un texte est modifié, plusieurs acteurs revendiquent le résultat, et il est rarement possible d’établir ce qui a pesé. Cela rend l’évaluation du plaidoyer faible, et explique en partie pourquoi les bailleurs financent des activités visibles plutôt que des processus : les premières se comptent.

Une limite plus grave doit être posée. Dans un espace civique fermé, le plaidoyer public expose des personnes. Une campagne réussie peut aboutir à une arrestation, une dissolution, un exil. Le plaidoyer discret — relations directes, notes techniques, alliances internes à l’administration — est souvent le seul praticable, et il est par nature invisible, non communicable et donc difficilement finançable. Nous ne savons pas mesurer ce travail-là, ni même le documenter sans mettre en danger ceux qui le mènent. C’est une limite réelle de me cette rubrique, et nous la traiterons comme telle.

1. Document / Geste technique : Photographie en gros plan d’un document d’amendement parlementaire annoté au stylo sur un bureau de travail, avec un journal des débats de l’Assemblée nationale en arrière-plan.

Légende : Exemple de note de position annotée lors de l’examen en commission des lois, Dakar, Sénégal, novembre 2025. Crédit : DAA Media / A. Diop.

2. Infrastructure / Objet : Vue extérieure du bâtiment de l’Assemblée nationale du Bénin à Porto-Novo, prise depuis l’espace public lors d’une journée ordinaire de session.

Légende : Le Palais des Gouverneurs, siège de l’Assemblée nationale, Porto-Novo, Bénin, octobre 2025. Crédit : DAA Media / Photo d’archive.

3. Portrait nommé : Portrait en situation de travail de la juriste et militante Fatoumatta Jallow dans son bureau de Banjul, consultant le journal officiel de la Gambie.

Légende : Fatoumatta Jallow, juriste chargée de la veille législative pour le collectif Civic Watch, Banjul, Gambie, février 2026. Crédit : DAA Media / K. Touré.

Dans cette rubrique


Ce que DAA Media veut rendre visible. Les textes en préparation qui concernent les organisations et les citoyens africains : où ils en sont, qui les porte, quand se joue la décision. Nous voulons faire de la veille législative un service, pas un article.

Les angles réguliers. Décryptages de projets de loi et de cadres réglementaires des OSC ; portraits de campagnes de plaidoyer, réussies et manquées ; enquêtes sur les processus de décision publique ; données clés sur l’espace civique ; entretiens avec des parlementaires, des fonctionnaires et des militants ; alertes sur les échéances.

Ce que vous y trouverez. De quoi savoir quand agir, construire une note de position utilisable par un décideur, et identifier les alliances qui font basculer un arbitrage.

Participez. Vous suivez un texte de loi dans votre pays ? Signalez-le nous : la veille se construit collectivement. Proposez unsujet ou abonnez-vous à la rubrique.

LIENS INTERNES À POSER


• Article 13 — Thème 13 : Communication & Récits stratégiques (Relais médiatique et narration)

• Article 15 — Thème 15 : Transparence & Redevabilité (Méthodes de suivi public)

• Article 08 — Thème 08 : Citoyenneté en exercice & Démocratie participative (Budgets participatifs et contrôle citoyen)

SOURCES


• CIVICUS Monitor, Global Findings 2025https://monitor.civicus.org/globalfindings_2025/

•CIVICUS Monitor, Global Findings 2025 https://monitor.civicus.org/globalfindings_2025/

• CIVICUS Monitor, In Numbers 2025https://monitor.civicus.org/globalfindings_2025/innumbers/

• allAfrica, CIVICUS Monitor data reveals « alarming » state of civic freedoms in Africa as governments detain journalists across

the continent (2025) — https://allafrica.com/stories/202512090146.html

• CIVICUS Monitor, Communiqués de presse 2025https://monitor.civicus.org/press_release/2025/

• UNESCO, CIVICUS Monitor — World Trends in Freedom of Expression and Media Developmenthttps://www.unesco.org/en/world-media-trends/civicus-monitor

[Intertitre 1 — une affirmation, pas un mot-clé]

[Texte. Un ou deux passages en gras par paragraphe au maximum.]

[Intertitre 2]

[Texte.]

[Étiquette gauche]

[Terme A]

[Deux ou trois phrases.]

[Étiquette droite]

[Terme B]

[Deux ou trois phrases.]

[Intertitre 3]

[Élément 1]

[Une phrase.]

[Élément 3]

[Une phrase.]

[Élément 2]

[Une phrase.]

[Élément 4]

[Une phrase.]

[La meilleure phrase de l’article, reprise telle quelle. Une seule par article.][Auteur]

Aller plus loin

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