La question qui nous est le plus souvent posée est celle-ci : « concrètement, vous faites quoi sur le terrain ? » La réponse honnête est : rien. Et ce n’est pas un manque, c’est une décision.
Le secteur du développement en Afrique francophone ne souffre pas d’une pénurie d’organisations qui exécutent. Des milliers de structures forent des puits, scolarisent, vaccinent, accompagnent des coopératives, plaident, forment. Beaucoup le font remarquablement, souvent avec des moyens dérisoires. Ajouter une organisation d’exécution de plus à cet ensemble n’aurait pas d’intérêt particulier.
Ce qui manque est ailleurs. Il manque une infrastructure : quelque chose qui relie ces organisations entre elles, qui transforme leurs expériences en savoir transmissible, qui leur donne accès à des outils qu’aucune ne peut développer seule, et qui porte leur parole là où elle n’est pas entendue. C’est ce que nous appelons un hub institutionnel, et c’est le seul métier que DAA revendique.
Ce métier tient en trois fonctions. Connecter : mettre en relation des organisations qui, sans cela, ne se rencontreraient jamais, parce qu’elles sont séparées par des frontières, des langues de travail ou des réseaux de bailleurs distincts. Amplifier : donner de la portée à des travaux et des expériences qui existent déjà mais restent invisibles, faute de capitalisation. Capaciter : rendre disponibles des ressources, des formations et des outils qui renforcent la capacité propre des organisations, sans jamais s’y substituer.
Il faut dire aussi clairement ce que nous ne faisons pas, parce que l’ambiguïté sur ce point serait coûteuse pour tout le monde. Nous n’exécutons pas de projets pour le compte de bailleurs. Nous ne faisons pas de conseil facturé aux organisations de la société civile. Nous ne nous positionnons pas comme intermédiaire entre un financeur et une organisation locale, parce que cette position est précisément l’un des maillons de la pyramide inversée que notre étude documente.
Cette discipline a un coût immédiat et évident : elle nous ferme des sources de financement. Un opérateur qui accepte d’exécuter trouve plus facilement des fonds qu’une structure qui produit du savoir, de la mise en relation et des outils. Nous l’assumons, pour une raison simple : une organisation qui accepte tous les financements disponibles finit par faire ce que ces financements demandent. C’est la définition même de la dérive de mission, et il serait absurde de la documenter chez les autres tout en s’y installant nous-mêmes.
Cela ne signifie pas que nous vivons hors sol. Les antennes DAA et nos organisations membres assurent un ancrage territorial réel, avec des activités locales et des partenaires de terrain. Mais cet ancrage sert à nous garder honnêtes, pas à nous transformer en opérateur généraliste.
Il y a un test simple, que nous appliquons à nos propres décisions autant qu’à celles des organisations que nous accompagnons : une organisation capable de refuser un financement mal aligné avec sa mission est déjà, quel que soit son budget, sur le chemin de l’autonomie. Une organisation incapable de refuser quoi que ce soit ne l’est pas, quel que soit son budget.
Et vous, de quel côté vous situez vous ?
Vous dirigez une organisation qui se pose ces questions ? Rejoignez DAA Connect et échangez avec des pairs qui les affrontent aussi.
Paul Gabriel FOLEU





