Le site qui hébergeait l’étude IRED 2025 devient DAA Media. Ce n’est pas une refonte graphique. C’est un constat d’insuffisance, et il nous concerne d’abord.

En septembre 2025, nous avons remis au Comité exécutif de l’IRED une étude de référence sur l’autonomie financière des organisations non gouvernementales africaines. Sept parties, environ deux cent vingt mille caractères, quatre études de cas continentales, six entretiens approfondis avec des figures majeures du développement africain, une méthodologie triangulaire assumée, une démarche explicitement décoloniale. Le travail a mobilisé une équipe pendant plus d’un an.

Puis il s’est passé ce qui se passe toujours. Le rapport a été validé. Le site a été consulté. Des extraits ont circulé. Quelques citations sont apparues dans des documents de plaidoyer. Et le rythme est retombé, comme il retombe pour chacun des rapports que produit chaque année le secteur du développement, dont l’immense majorité n’est jamais lue au-delà de la synthèse exécutive.

Nous avions pourtant anticipé ce risque. Le site avait été conçu comme une archive vivante et non comme un dépôt : il devait accueillir de nouvelles contributions, des traductions, des cas supplémentaires, un annuaire. L’intention était juste. Elle n’a pas suffi, et il vaut mieux le dire que le contourner.

La raison est structurelle. Une étude est un objet fini. Elle a un début, une fin, une date. Elle répond à une question posée à un moment donné. Or le sujet dont nous traitons n’est pas un problème que l’on résout une fois : c’est une condition permanente, qui se rejoue chaque fois qu’un bailleur modifie ses priorités, qu’un État durcit sa législation associative, qu’une organisation décide ou non de créer une activité génératrice de revenus. Ce sujet a besoin d’un flux, pas d’un livrable.

Un média fait ce qu’une étude ne peut pas faire. Il revient chaque semaine. Il réagit à ce qui se passe. Il permet d’entrer par n’importe quelle porte — un cas, une question technique, un désaccord — plutôt que par un sommaire de deux cent vingt mille caractères. Il accumule une autorité qui ne dépend d’aucune commande. Et surtout, il oblige à tenir un rythme, ce qui est une forme de redevabilité en soi.

Concrètement, developperautrement.net devient DAA Media. L’étude elle-même rejoint les publications majeures de DAA International, où elle restera accessible dans son intégralité. Le site, lui, se consacre à ce qu’il sait faire : produire deux publications par semaine sur l’autonomie financière, la gouvernance associative, l’innovation sociale et les usages du numérique dans les organisations africaines.

Ce choix nous engage plus qu’il n’y paraît. Publier chaque semaine signifie publier aussi les semaines où l’on n’a rien de spectaculaire à dire. Cela signifie être visiblement contredit, parfois. Cela signifie que l’écart entre ce que nous recommandons et ce que nous faisons devient public et vérifiable.

L’étude disait : voilà comment construire l’autonomie. Un média pose une question plus embarrassante, chaque semaine, à ses lecteurs comme à lui-même : et vous, où en êtes-vous ?

DAA Media publie deux fois par semaine. Recevez l’essentiel une fois par mois : inscrivez-vous à L’Essentiel.

Paul Gabriel FOLEU