Fernand Vincent a passé quarante ans à écrire, financer et documenter l’autonomie des organisations africaines. La question qui nous occupe n’est pas de célébrer ce travail. Elle est de comprendre pourquoi il n’a pas suffi.
Il y a un genre littéraire bien établi dans le monde associatif : l’hommage. On y rappelle un parcours, on y cite quelques phrases marquantes, on y remercie, et l’on referme. Ce texte n’appartient pas à ce genre, et le principal intéressé serait le premier à s’en méfier.
Les faits d’abord. L’Institut panafricain pour le développement, l’IRED, la fondation RAFAD : trois institutions nées d’une même conviction, selon laquelle les organisations africaines ne manquent pas de ressources mais d’instruments pour les mobiliser autrement. Un manuel de recherche de financement devenu un outil de travail pour des générations de responsables associatifs francophones. Des mécanismes de garantie qui ont permis à des organisations africaines d’accéder au crédit bancaire local à une époque où l’idée même paraissait incongrue. Un réseau qui a tenu des décennies.
Ce qui a été gagné est considérable et rarement reconnu à sa juste mesure : un corpus intellectuel, une méthode, un réseau, et surtout la démonstration pratique que le financement alternatif n’est pas une utopie de colloque. Des organisations ont effectivement emprunté, produit, généré des ressources propres, et survécu à des crises qui ont emporté leurs voisines.
Ce qui n’a pas été gagné est tout aussi factuel. Quarante ans plus tard, la dépendance structurelle des organisations de la société civile africaine aux financements du Nord reste massive. Le gel de l’aide américaine en janvier 2025 l’a démontré avec une brutalité qui ne laisse pas de place à l’interprétation. Le problème que ce travail visait à résoudre n’est pas résolu.
Deux lectures sont possibles. La première conclut à l’échec d’une génération et passe à autre chose ; elle est confortable et paresseuse. La seconde considère qu’il s’agit d’un chantier inachevé, ce qui est différent, et pose une question plus exigeante : qu’est-ce qui n’a pas été transmis ?
Notre hypothèse est que le problème n’est pas générationnel mais organisationnel. Les outils existent, les textes existent, les réseaux existent. Ce qui a manqué est un dispositif de transfert : un cadre dans lequel des responsables plus jeunes travaillent effectivement aux côtés de celles et ceux qui ont construit ces instruments, assez longtemps pour en comprendre non seulement le fonctionnement mais les raisons. Un héritage ne se transmet pas par publication. Il se transmet par co-production.
C’est le sens du travail que nous engageons. Un programme de transmission intergénérationnelle est en préparation au sein de DAA International ; nous en présenterons l’architecture lorsqu’elle aura été arrêtée avec les personnes concernées, et non avant.
Une chose est certaine, en attendant : un héritage que l’on ne conteste pas est un héritage que l’on a déjà enterré. Le meilleur hommage que nous puissions rendre à ce travail est d’en interroger publiquement les limites, avec ceux qui l’ont porté.
Et vous quelle lecture faites-vous de cet héritage ?
L’ensemble des travaux de référence sur l’autonomie financière est accessible dans le centre de connaissances de DAA Media.
Paul Gabriel FOLEU





