L’inauguration d’un point d’eau est un moment sincère. Il y a une plaque, des discours, une file de bidons. Ce moment est aussi celui où l’attention s’arrête, où le rapport final se rédige et où le financement s’achève. Trois ans plus tard, dans une proportion considérable de cas, la pompe ne fonctionne plus — et personne ne le sait, parce que aucun indicateur ne mesure ce qui se passe après.

En Afrique subsaharienne, environ une pompe à motricité humaine sur quatre est hors service à un instant donné. Le problème n’est presque jamais l’investissement initial. Il est dans ce que personne ne finance : l’entretien.

Ce qu’on dit


L’argument de l’investissement est incontestable dans son principe. Deux cents millions de personnes en Afrique subsaharienne dépendent d’environ 700 000 pompes manuelles pour leur eau de boisson. Sans construction d’ouvrages, il n’y a pas d’accès du tout, et le déficit d’infrastructures reste massif — eau, assainissement, électricité, logement.

L’investissement se finance en outre relativement bien. Un forage a un coût identifiable, un calendrier, un résultat

visible et un bénéficiaire nommable. C’est un objet parfaitement adapté à la logique de projet, et cela n’a rien de

honteux : des millions de personnes boivent une eau plus sûre grâce à des ouvrages financés ainsi.


Le taux de panne est le vrai indicateur

Les données disponibles convergent sur un ordre de grandeur préoccupant. Environ une pompe sur quatre est non fonctionnelle à un moment donné en Afrique subsaharienne — soit, en 2015, quelque 175 000 points d’eau inopérants. D’autres synthèses, notamment celles rassemblées par IRC WASH et la Banque mondiale, situent la proportion entre un tiers et la moitié des points d’eau ruraux. Une revue portant sur le continent relève 36 % de pompes en panne, avec des taux nationaux allant de 10 % à 65 %. Au Nigeria, plus de 38 % des points d’eau améliorés ne fonctionnent pas ; en Tanzanie, 29 % des pompes sont à l’arrêt.

36 %

Taux moyen de pompes à motricité humaine en panne relevé en Afrique subsaharienne.

SOURCE : RURAL WATER SUPPLY NETWORK (RWSN), 2024

Cette dispersion — de 10 à 65 % — est en elle-même un enseignement. Ce n’est pas la technologie qui varie d’un pays à l’autre : les pompes sont les mêmes. Ce qui varie, c’est le dispositif de maintenance.

C’est le point que les bilans de projet manquent systématiquement. La non-fonctionnalité tient rarement à une défaillance mécanique irréparable. Elle tient à l’absence d’un système : pas de pièce détachée disponible dans un rayon accessible, pas de technicien formé et rémunéré, pas de trésorerie mobilisable le jour de la panne, pas de responsable identifié.

Le modèle dominant — un comité de gestion villageois bénévole, chargé de collecter une contribution et d’organiser les réparations — repose sur les mêmes ressorts que le bénévolat associatif, et il en partage les faiblesses. Il fonctionne tant qu’une personne s’y consacre. Il s’arrête quand cette personne part, et rien n’est prévu pour la suite.

Un programme est évalué au nombre de forages réalisés et de personnes desservies. Ces chiffres sont établis à la livraison. Aucun système de suivi ne mesure, trois ou cinq ans plus tard, si l’ouvrage fonctionne toujours.

La conséquence est logique : ce qui n’est pas mesuré n’est pas financé, et ce qui n’est pas financé ne se produit pas. On construit donc de nouveaux ouvrages à côté d’ouvrages en panne, et l’on comptabilise une progression de l’accès. Le même raisonnement vaut pour l’électrification, l’assainissement et l’habitat.

La question posée en amont d’un projet n’est plus « combien d’ouvrages » mais « quel modèle de service ». Cela suppose de répondre à quatre questions avant le premier coup de pelle. Qui est juridiquement propriétaire de l’ouvrage ? Qui paie la réparation, avec quelles ressources, et selon quel délai d’intervention ? Où se trouve la pièce détachée la plus proche ? Et quel est le coût annuel d’exploitation rapporté au nombre d’usagers ?

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Proportion de pompes à motricité humaine hors service à un instant donné en Afrique subsaharienne.

SOURCE : THE CONVERSATION / ETUDE MODÉLISATION MAINTENANCE, 2026

Cela déplace aussi le modèle économique. Les dispositifs qui tiennent le mieux reposent généralement sur un tarif — même modeste — collecté régulièrement et sur un opérateur de maintenance professionnalisé couvrant plusieurs dizaines d’ouvrages, plutôt que sur un comité bénévole par village. Le passage d’une logique de don à une logique de service payant est politiquement délicat ; il est probablement la condition de la durabilité. Pour une organisation, la conséquence pratique est simple : refuser les projets sans ligne d’exploitation, ou les accepter en sachant qu’on construit une panne différée.

L’écart entre les estimations — un quart, un tiers, la moitié — s’explique en partie par une faiblesse méthodologique de fond : il n’existe pas de définition partagée de la « fonctionnalité ». Une pompe qui fournit de l’eau deux heures par jour, ou dont le débit a chuté de moitié, ou dont l’eau est turbide, est-elle fonctionnelle ? Selon la définition retenue, le taux varie du simple au triple. Les chiffres cités ici doivent donc être lus comme des ordres de grandeur, non comme des mesures.

Il faut également concéder que le modèle du service payant n’est pas une solution démontrée. Il se heurte à la capacité de paiement réelle des ménages ruraux, et les évaluations disponibles sont contrastées : certains dispositifs de maintenance professionnalisée tiennent, d’autres s’effondrent dès la fin de la subvention qui les portait. Nous savons ce qui ne marche pas mieux que ce qui marche.

1. Geste technique / Infrastructure : Clé à molette ajustant la tête de cylindre d’une pompe Vergnet / India Mark II. Gros plan serré sur la pièce métallique usée et l’outil.

Légende : Remplacement du joint de piston d’une pompe manuelle, commune de Mandouri (Togo), 14 mars 2025. Crédit : Photo Marc Dubois / DAA Media.

2. Document : Registre manuel de maintenance d’un comité d’eau local ouvert sur une table, montrant un tableau de cotisations mensuelles et le journal des pannes rédigé au stylo.

Légende : Cahier de suivi des interventions et redevances du point d’eau n°3, village de Zantiébougou (Mali), octobre 2024. Crédit : Archives Association locale Yeleen / DAA Media.

3. Portrait nommé : Portrait d’Amadou Diallo, technicien de maintenance itinérant, posant à côté de son véhicule de tournée contenant ses boîtes de pièces détachées.

Légende : Amadou Diallo, réparateur professionnel sous contrat avec trois communes du département de Oussouye (Sénégal), 8 février 2026. Crédit : Photo Fatou Sene / DAA Media.

Liens internes à poser : Article #19 (Gestion communautaire vs régie), Article #10 (Modèles de tarification rurale), Article #24(Électrification hors réseau).


Sources

IWA Publishing, Functionality of water supply handpumps in Cameroon (Central Africa), Journal of Water, Sanitation and Hygiene for Development (2024) — iwaponline.com/washdev/article/14/8/702/103654

IWA Publishing, Assessing the functionality of water supply handpumps in a sub-Saharan Africa rural environment: Mvila Division, Southern Cameroon (2023) — iwaponline.com/washdev/article/13/5/322/94689

The Conversation, Handpumps bring water to rural African communities, but many are broken (2026) — theconversation.com/handpumps-bringwater-278625

PLOS Water, Determinants of rural hand-pump functionality through maintenance provision in the Central African Republic — journals.plos.org/water/article?id=10.1371/journal.pwat.0000024

Rural Water Supply Network (RWSN), The presence of a handpump does not mean that people have access to reliable and sustainable water services (2024) — rwsn.blog/2024/01/09/the-presence-of-a-handpump/


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