L’expression figure dans presque tous les projets. Elle suppose une chose rarement énoncée : que la capacité manque d’un côté et se trouve de l’autre.

Renforcer une capacité, littéralement, c’est rendre plus fort ce qui existe déjà. L’expression est donc mieux choisie qu’il n’y paraît. C’est son usage courant qui pose problème.

Dans la pratique, le renforcement de capacités désigne le plus souvent une séquence précise : une expertise vient de l’extérieur, elle est transmise pendant quelques jours en atelier, et l’organisation locale est réputée renforcée. Le sens du transfert n’est jamais discuté. Il va du Nord vers le Sud, du siège vers le terrain, de l’international vers le national. Le fait qu’une organisation de terrain dispose de capacités que l’expert extérieur n’a pas — connaissance des acteurs, capacité à travailler sans trésorerie, à opérer en contexte instable, à obtenir la confiance d’une communauté — n’entre presque jamais dans le périmètre de ce qui est appelé capacité.

Le second effet est budgétaire, et il est massif. Le renforcement de capacités est une ligne facilement finançable, contrairement aux salaires, au loyer et à la comptabilité. Il en résulte une situation absurde et fréquente : des organisations formées plusieurs fois par an à la gestion axée sur les résultats, mais incapables de payer leur comptable. La capacité qui manque n’est pas celle que l’on finance.

Le troisième effet est la substitution. Lorsque le renforcement prend la forme d’un expert placé auprès de l’organisation pour améliorer ses rapports, ce n’est pas la capacité de l’organisation qui augmente : c’est celle de l’expert.

Ce que l’on peut dire à la place, en étant plus précis. Formation, lorsqu’il s’agit de former des personnes identifiées à une compétence identifiée. Appui institutionnel, lorsqu’il s’agit de financer des fonctions permanentes. Échange entre pairs, lorsque le transfert est horizontal — et c’est souvent la modalité la plus efficace, la moins financée et la moins valorisée.

Le test : demandez-vous ce qui reste dans l’organisation six mois après l’action. Si la réponse est une attestation de participation, il ne s’agissait pas de renforcement de capacités.

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